DCE, CCTP, DPGF : les trois documents qu'on confond et ce qu'ils signifient vraiment

Quand un appel d'offres travaux arrive dans votre boîte mail, il contient en général un dossier compressé avec une quinzaine de fichiers. On cherche "le chiffrage", on ouvre plusieurs PDF, on tombe sur des tableaux, des prescriptions techniques, des plans. DCE, CCTP, DPGF : trois sigles utilisés parfois comme synonymes, qui ne le sont pas du tout. Voici comment les distinguer, comment ils s'articulent, et ce que ça change concrètement quand on chiffre une affaire.


Le DCE : l'enveloppe, pas un document

DCE signifie Dossier de Consultation des Entreprises. Ce n'est pas un document en soi : c'est le dossier complet transmis aux entreprises pour qu'elles puissent répondre à l'appel d'offres.

Il regroupe, selon le type et la taille du marché, entre cinq et vingt pièces distinctes :

  • le règlement de la consultation (RC) : conditions de candidature, délais de remise, critères de notation
  • l'acte d'engagement (AE, anciennement DC3) : le document que l'entreprise signe pour soumettre son offre
  • le CCAP (Cahier des Clauses Administratives Particulières) : conditions contractuelles, pénalités, modalités de paiement
  • le CCTP (voir ci-dessous) : les prescriptions techniques
  • la pièce de chiffrage : DPGF, BPU, DQE ou série de prix selon le type de marché
  • les plans d'exécution ou d'avant-projet, notes de calcul, rapports de sol

Quand un maître d'oeuvre dit "je t'envoie le DCE", il t'envoie l'ensemble. Quand on répond à un DCE, on répond à chaque pièce dans les formes demandées par le règlement de la consultation.


Le CCTP : la prescription technique

CCTP signifie Cahier des Clauses Techniques Particulières. C'est le document qui dit quoi faire et comment. Si vous voulez aller plus loin sur ce seul document, lisez notre guide Comment analyser un CCTP BTP.

Il décrit :

  • les matériaux et produits à utiliser (marque imposée ou équivalent, classe de performance attendue)
  • les modes d'exécution (séquences de pose, conditions de mise en oeuvre, préparation des supports)
  • les contrôles et tolérances admissibles en cours et en fin de chantier
  • les interfaces entre lots (qui prend en charge quoi aux jonctions)

Le CCTP est rédigé par la maîtrise d'oeuvre, en général un bureau d'études techniques ou un architecte. Dans un marché public, il a une valeur contractuelle pleine : l'entreprise retenue est censée l'avoir lu et s'y conformer. En cas de divergence avec le DPGF, la règle professionnelle courante retient la pièce la plus contraignante.

Un CCTP peut faire trente pages pour un appartement en rénovation légère, ou quatre cents pages pour un immeuble TCE neuf avec des lots techniques détaillés. Sa granularité dépend beaucoup du MOE et du niveau de définition du projet au moment de la consultation.

Ce que le CCTP ne dit pas : les quantités. Il décrit le "comment", pas le "combien". C'est le rôle du DPGF.


Le DPGF : la grille de chiffrage

DPGF signifie Décomposition du Prix Global et Forfaitaire. C'est le tableau que l'entreprise remplit avec ses prix unitaires pour constituer son offre financière. Notre guide Comment faire un DPGF couvre la méthode complète.

Il structure l'offre commerciale par lot et par poste. Exemple pour un lot plâtrerie-doublage :

Désignation Unité Quantité PU HT Total HT
1.1 Cloison distributive 72/48 BA13 240 48,50 11 640,00
1.2 Doublage collé isolant 100 mm 180 34,00 6 120,00
1.3 Faux-plafond BA13 suspendu 320 41,00 13 120,00
Total lot HT 30 880,00

Le DPGF est fourni pré-rempli par le MOE (désignations, unités, quantités estimées). L'entreprise y entre ses prix unitaires. La somme des lignes constitue l'offre.

Point critique sur le forfait : dans un marché à prix global et forfaitaire (le cas le plus courant en marchés publics de travaux), les quantités portées au DPGF sont indicatives. L'entreprise s'engage sur le montant total. Si les quantités réelles diffèrent au moment d'exécuter, l'écart reste à la charge du titulaire, sauf avenant. C'est pourquoi un métré précis avant de remettre l'offre est un acte commercial, pas un détail technique.


Comment ces trois documents s'articulent en pratique

La logique de lecture pour un chiffreur suit cet ordre :

  1. Le RC : vérifier les conditions de remise, le format attendu, les critères de notation (part prix / part technique).
  2. Le CCTP : lire les lots qui nous concernent pour identifier les prescriptions susceptibles d'influer sur le coût : matériaux imposés, modes d'exécution contraignants, interfaces avec d'autres lots.
  3. Le DPGF : remplir les prix unitaires en cohérence avec ce que le CCTP impose. Un poste "peinture façade" à 25 EUR/m² si le CCTP impose deux couches de produit bi-composant sur enduit hydrofuge, c'est sous-évalué.
  4. L'AE : signer et joindre à l'offre avec les autres pièces demandées.

Les deux documents qui génèrent le plus d'erreurs sont le CCTP et le DPGF, précisément parce qu'ils doivent se lire ensemble. Un chiffreur qui ne lit que le DPGF manque les prescriptions qualitatives qui pèsent sur certains postes. Un chiffreur qui ne regarde pas les quantités du DPGF avant de lire le CCTP passe du temps sur des lots qu'il n'a pas retenus.


Ce qui coince en pratique

Le CCTP et le DPGF se contredisent. Fréquent, surtout sur des projets où le CCTP est rédigé par un bureau d'études et le DPGF par un économiste sans coordination serrée. Le CCTP prescrit un isolant 200 mm, le DPGF mentionne 100 mm. En phase de questions/réponses, c'est à signaler au MOE. Passé cette phase, l'entreprise titulaire devra se conformer à la pièce la plus exigeante.

Le DPGF est fourni en PDF non éditable. Certains maîtres d'oeuvre transmettent encore le DPGF scanné ou en PDF figé. Résultat : retaper 200 lignes de postes dans un tableur avant même de commencer à chiffrer. C'est une perte de temps mesurable : entre deux et quatre heures sur un DCE dense. OFFRA traite ce cas avec l'import automatique depuis le PDF.

Les quantités du DPGF sont sous-estimées. Sur des opérations de réhabilitation, les métrés du DCE sont parfois réalisés à partir de plans d'époque ou d'estimations visuelles. L'entreprise qui réalise son propre métré depuis les plans PDF avant de remettre l'offre chiffre juste là où ses concurrents chiffrent faux. Sur un lot de second oeuvre à 80 000 EUR, un écart de 15 % sur les quantités peut faire basculer une marge de positive à négative.

La mémoire technique est séparée du DPGF. Beaucoup d'entreprises concentrent leurs efforts sur le chiffrage et bâclent la mémoire technique. Or sur un marché noté 40 % qualité / 60 % prix, la mémoire technique peut représenter 8 à 12 points d'écart entre deux offres au même prix. Elle répond aux critères qualitatifs du RC et s'évalue indépendamment du DPGF. Pour des exemples concrets, voir notre article Exemple mémoire technique appel d'offres BTP.


DCE, CCTP, DPGF : ce qu'il faut retenir

  • Le DCE est l'enveloppe : il contient toutes les pièces de l'appel d'offres.
  • Le CCTP est la prescription technique : il dit ce qu'on doit faire et comment.
  • Le DPGF est la grille de chiffrage : il structure l'offre financière poste par poste.

Les trois se lisent ensemble, dans l'ordre RC > CCTP > DPGF > AE. Un écart entre CCTP et DPGF se signale en phase questions/réponses ; il n'est pas à ignorer.

La vraie perte de temps dans la réponse aux appels d'offres n'est pas la lecture des documents. C'est le métré depuis des plans PDF et la saisie dans le DPGF. OFFRA automatise exactement cette partie : extraction des surfaces depuis le PDF, génération du DPGF pré-rempli, et rédaction assistée de la mémoire technique. Essayez OFFRA gratuitement sur votre prochain dossier.