Un chantier livré, une facture émise, et trois mois plus tard toujours rien sur le compte. Pour une PME du bâtiment, 30 000 € bloqués chez un client, c'est la paie des compagnons qui se tend et les fournisseurs qu'on repousse. L'impayé n'est pourtant pas une fatalité. Le cadre légal des délais de paiement est précis, les pénalités s'appliquent de plein droit, et une relance méthodique récupère la majorité des créances avant même de saisir un tribunal. Voici la procédure complète, les chiffres à connaître, et deux modèles de lettres prêts à envoyer.

Délais de paiement dans le BTP : ce que dit la loi

Avant de relancer, il faut savoir à partir de quand une facture est réellement en retard. La règle change selon la nature du client.

Marché privé (entre entreprises). Le cadre vient de la loi de modernisation de l'économie (loi LME), codifiée au Code de commerce. À défaut de délai convenu au contrat ou aux conditions générales, le paiement est dû au plus tard 30 jours après la réception des travaux ou l'exécution de la prestation. Si les parties négocient un délai, il ne peut dépasser 60 jours à compter de la date d'émission de la facture. Par dérogation prévue au contrat, un délai de 45 jours fin de mois est admis. Au-delà, le délai est illégal.

Marché public. Le délai réglementaire est de 30 jours pour l'État, les collectivités territoriales et leurs établissements publics. Il monte à 50 jours pour les établissements publics de santé et à 60 jours pour les entreprises publiques. Le point de départ court à compter de la réception de la demande de paiement (ou de la réception des travaux si elle est postérieure).

Retenez la distinction : côté privé, le délai se négocie dans une limite haute ; côté public, il est fixé et non négociable. Un dépassement de ces plafonds ouvre immédiatement droit à réparation.

Un cas à part : le client particulier. Les règles ci-dessus encadrent les relations entre professionnels (B2B) et les marchés publics. Face à un client particulier, les pénalités de retard et l'indemnité forfaitaire de 40 € ne s'appliquent pas automatiquement : seules jouent les pénalités que vous avez prévues dans votre devis et vos conditions générales. D'où l'importance, pour les travaux chez les particuliers, de faire signer un devis mentionnant clairement vos conditions de règlement.

Pénalités de retard et indemnité de 40 € : vos droits automatiques

Beaucoup d'entreprises du bâtiment renoncent à ce qui leur revient de droit, par crainte de froisser le client. C'est une erreur, car ces sommes sont dues sans qu'il soit besoin de les réclamer.

En marché privé (entre professionnels), les pénalités de retard sont exigibles de plein droit dès le lendemain de la date d'échéance, sans qu'un rappel soit nécessaire. Leur taux doit figurer sur vos factures et conditions générales de vente. À défaut de taux fixé au contrat, il correspond au taux directeur de la Banque centrale européenne majoré de 10 points. Ce taux BCE de référence est celui en vigueur au 1er janvier pour le premier semestre, et au 1er juillet pour le second. Le taux plancher retenu par la loi ne peut être inférieur à trois fois le taux d'intérêt légal.

À ces pénalités s'ajoute une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 € par facture en retard, prévue par le Code de commerce. Si vos frais réels de recouvrement dépassent ce montant, vous pouvez demander un complément sur justificatifs.

En marché public, le mécanisme est comparable et automatique : des intérêts moratoires (taux directeur de la BCE majoré de 8 points) et l'indemnité forfaitaire de 40 € doivent vous être versés dès le premier jour de dépassement, sans démarche de votre part.

Mentionnez systématiquement ces montants dès votre première relance. Cela rappelle au client que le retard a un coût, et légitime votre demande.

Les relances amiables : quand et comment agir

La règle d'or : relancer tôt et écrit. Une créance récente se recouvre bien plus facilement qu'un impayé de six mois. Voici une séquence qui fonctionne.

Relance 1, à J+3 après l'échéance. Un rappel courtois, par email ou téléphone, en supposant un simple oubli. Objectif : obtenir une date de règlement ferme. Notez le nom de l'interlocuteur et ce qui a été convenu.

Relance 2, à J+10. Un courrier écrit qui rappelle la facture, son montant, sa date d'échéance dépassée et le déclenchement des pénalités de retard. Le ton reste professionnel mais ferme.

Relance 3, à J+20 à J+30. Une mise en demeure de payer par lettre recommandée avec accusé de réception. C'est l'étape charnière : elle formalise le litige, constitue une preuve, et fait courir officiellement les intérêts. Elle annonce clairement la suite judiciaire à défaut de règlement sous 8 à 15 jours.

Documentez chaque étape. En cas de procédure, un historique de relances daté et un accusé de réception de mise en demeure pèsent lourd devant le juge.

Passer au recouvrement judiciaire

Si la mise en demeure reste sans effet, plusieurs voies s'ouvrent, à choisir selon le montant et le caractère contesté ou non de la créance.

Procédure simplifiée de recouvrement des petites créances. Pour les créances jusqu'à 5 000 €, un commissaire de justice peut piloter une procédure rapide, sans passer par un juge lorsque le débiteur accepte. Adaptée aux petits impayés non contestés.

Injonction de payer. Vous déposez une requête auprès du tribunal compétent (tribunal de commerce entre commerçants, sinon tribunal judiciaire). Le juge, sur pièces, rend une ordonnance que vous faites signifier au débiteur. Procédure peu coûteuse et efficace quand la créance n'est pas sérieusement contestable.

Référé provision. Lorsque la créance n'est pas sérieusement contestable, cette procédure d'urgence permet d'obtenir la condamnation du débiteur à verser une provision, souvent équivalente à la totalité de la somme due, en quelques semaines.

Dans tous les cas, une facture claire, un devis signé, un procès-verbal de réception et un historique de relances constituent votre dossier de preuve. Sans ces pièces, même une créance légitime devient difficile à recouvrer. La même rigueur documentaire vaut en amont, au moment de constituer votre dossier de réponse à un appel d'offres.

Prévenir plutôt que relancer

Le meilleur recouvrement est celui qu'on évite. Quelques réflexes réduisent nettement le risque : faire signer devis et situations de travaux, mentionner les délais, pénalités et l'indemnité de 40 € sur chaque facture et dans vos CGV, facturer sans délai à la réception, et suivre les échéances pour relancer dès le premier jour de retard plutôt qu'au bout d'un trimestre.

C'est précisément ce suivi qui fait la différence de trésorerie sur une année. Sur offra, la facturation et les relances sont intégrées à la chaîne de réponse aux appels d'offres : chaque échéance dépassée déclenche un rappel, et les mentions légales obligatoires figurent d'office sur vos documents. Vous passez moins de temps à courir après les paiements, et plus à répondre aux appels d'offres privés, où vous négociez vos conditions de règlement en direct.

Un impayé bien traité se règle dans la plupart des cas au stade amiable. La clé tient en trois points : connaître vos droits, relancer par écrit et sans attendre, et garder chaque preuve. Les deux modèles ci-dessous vous font gagner cette première étape.

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Relance amiable écrite + mise en demeure (LRAR), avec champs à compléter entre crochets. Téléchargement direct, sans inscription.

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